The Jon Spencer Blues Explosion – Les Inrockuptibles: Reissues [Review] (PRESS, FRANCE)

3 December 2010 Live XS
The Jon Spencer Blues Explosion - Les Inrockuptibles: Reissues [Review] (PRESS, FRANCE)
NOTES:
French-language review of the Shove! Records releases of Year One, Extra Width, Orange, Now I Got Worry, Controversial Negro and Acme.

Thanks to Olivier

ARTICLE TEXT:
Eloignez les enfants, appelez les démineurs : le Jon Spencer Blues Explosion revient. Deux dates en France (le 7 décembre à Paris, le 8 à Lyon), pour fêter la réédition de six albums totémiques (agrémentés d’innombrables raretés) du meilleur groupe du monde des années 1990.

Aux années 2000, le retour du rock, avec les vaillants White Stripes, les puristes Black Keys ou l’esthétique Legendary Tigerman. Ces trois-là, malgré tout le bien qu’on en pense, ne sont que les répliques d’un séisme qui a secoué toute la décennie précédente : le Jon Spencer Blues Explosion, un trio (comme Elvis en 1955, les Stooges ou les Beastie Boys) de pyromaniaques hyperactifs, déclarant sa flamme aux plus grands mythes de la musique américaine.

Comme un équivalent musical à la filmographie de Tarantino. Avant le retour du rock’n’roll, le Jon Spencer Blues Explosion a incarné le rock’n’roll tout court. On en n’est pas encore revenus.

Year One (compilation, 2010).
Les erratiques deux premiers albums du JSBX de 1992 (il en existe plusieurs versions, que cette réédition compile en 38 titres) sont moins une porte d’entrée dans la discographie du trio qu’un chantier. Le gros oeuvre (collision entre blues, rock’n’roll et punk-rock arty) est terminé, mais la production est brute, voire inexistante. Frontalement sexy, mais pas encore fantasmatique.

Extra Width (1993).
Entre New York (où ils vivent) et Memphis (dont ils rêvent), le Blues Explosion enregistre son premier grand disque. Rock de peep-show par une nuit de pleine lune. Rencontre illicite entre les musiques noires du Sud américain et trois jeunes punks en rut. Juteux.

Orange (1994).
Pochette sublime (l’emblématique theremin de Jon Spencer sur fond argenté) et musique hallucinée : déluge de cordes et de break-beats, production mirifique, on croirait Captain Beefheart avec l’orchestre d’Isaac Hayes. Folie des glandeurs et blues-punk bling-bling. Longtemps introuvable, Orange est un chef-d’oeuvre, l’album qui fait rougir.

Now I Got Worry (1996).
Toujours rouge, mais de colère. Retour à la terre, brûlée. A l’époque, le groupe signe avec une major. Et en profite pour sortir un album intransigeant, violent, abrasif, horrifique, congestionné, funky jusqu’à la mort par asphyxie. Special guests : Money Mark et le légendaire soulman de Memphis Rufus Thomas.

Controversial Negro (1997).
Accusé par quelques journalistes américains politiquement corrects de singer et dénaturer la musique noire, le Blues Explosion met fin à la polémique avec ce live orgiaque enregistré à Tucson, dans l’Arizona. Ce serait encore mieux avec les images : ceux qui ont vu le groupe sur scène à l’époque ont encore les oreilles qui sifflent et des étoiles dans les yeux.

Acme (1998).
Sur son dernier très grand disque, le Blues Explosion invite le hip-hop et la guitare acoustique, Alec Empire et Dan The Automator, les scratches et Othar Turner (un proto-bluesman du Mississippi, âgé de 90 ans à l’époque). Toujours beaucoup de contrastes, mais plus de clarté, de douceur et de songwriting. Une métamorphose réussie, mais éphémère : les deux albums suivants, sortis en 2002 et 2004 et pas réédités, sont les pétards mouillés du Blues Explosion.

Albums : Year One, Extra Width, Orange, Now I Got Worry, Controversial Negro et Acme (Shout! Factory/Differ-ant)

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