Heavy Trash – Drawing / Review / Interview (PRESS, FRANCE)

14 September 2012 autobahn66.com
Heavy Trash - Drawing / Review / Interview (PRESS, FRANCE)
DRAWING: le chien est de Jon, le reste de Matt
NOTES:
Heavy Trash interview with drawing by Jon Spencer and Matt Verta-Ray and review originally published on autobahn66.com in 2005.

Thanks to Olivier

INTERVIEW:
Heavy Trash
“Look at your ass”

Après une performance endiabléee et émouvante devant un public bordelais séduit, les deux compères de HEAVY TRASH (le nouveau groupe rock’n’roll – rockabilly de Jon Spencer du Blues Explosion et de Matt Verta-Ray de Speedball Baby) ont gentiment répondu à nos brimades dans un décor de circonstance: une table crasseuse près de la pissotière, dans une cave humide.

Olivier Rigout et Arthur Gautier: Est ce que vous jouez aux échecs ?
Jon Spencer : Non !
Matt Verta-Ray : Oui, surtout quand j’étais plus jeune, mais j’ai plus vraiment le temps, là.

Matt, tu parles français, mais savais-tu que ton nom peut signifier « mate vers ta raie » en phonétique («Look at your ass») ?
MVR : Ah, c’est pour ça que tout le monde m’aime ici. Je me disais bien !
JS : De toute façon, notre disque ne parle que de cul. Ça ferait un bon jeu de mot pour une prochaine chanson, non ?

Avez-vous déjà passé une nuit en prison (cf « Sweet & Sour » du Blues Explosion) ?
JS : Oui, mais il y a longtemps, avant Pussy Galore. Ca doit faire 20 ans, avec un pote on faisait de la musique industrielle et on avait volé du matériel dans un entrepôt.
MVR : Moi, je suis « clean », un gentil garçon, quoi !
Seriez-vous flattés d’être sur la bande originale d’un film de Tarantino ?
JS : Bof ! Je sais que c’est un « connoisseur » de vieux rock et de blues, mais bon ça ferait un peu cliché… Ca dépend !

Vous avez l’air en bonne santé, vous faites du sport ? On peut vous croiser à Central Park, avec un jogging Nike un I-Pod sur les oreilles ?
JS : Pas vraiment ! À part m’occuper de mon fils…
MVR : Moi par contre, je fais beaucoup de natation. Quand j’étais gamin, mon cousin s’est noyé dans un étang. Depuis, toute ma famille nage énormément, pour pas que ça se reproduise !

Ca nous explique pas pourquoi vous avez choisi « Heavy Trash » comme nom de groupe. Les gens croient que c’est du métal. Bravo ! C’est pire que « Blues Explosion ».
JS : Encore un nom qui prête à confusion, je sais. On n’y avait pas réfléchi. Mais on s’en tape, le nom sonnait bien, c’est ce qui compte.
MVR : C’est aussi un hommage à mon père, qui depuis est fan du groupe. Quand j’étais petit, je devais descendre les poubelles, elles pesaient des tonnes : « heavy trash » !

Sinon, on voulait savoir si vous avez une astuce pour bien placer votre bite dans vos pantalons moulants…
MVR : Toujours à gauche, évidemment. Et vers le bas, par respect pour la loi de la gravité.
Jon, une question à mille euros : tout le monde se demande quelle est la marque de tes cordes de guitare?
JS : … Euh, en fait s’agit de….

Non, on déconnait…

Merci à eux pour le dessin (le chien est de Jon, le reste de Matt).
Merci à Arthur Gautier aka BOGADJO pour son soutien.

REVIEW:
Heavy Trash
“Avec Heavy Trash, Jon Spencer mate vers ta raie”

Jon Spencer et Matt Verta-Ray sont de grosses ordures. C’est eux qui le disent. Pourtant, au contraire de Garbage (que le Blues Explosion avait égratigné il y a quelques années dans ACME+), ici rien n’est à jeter : treize titres secs et inspirés ; treize titres sex pour transpirer. Verta-Ray (leader de Speedball Baby et producteur d’Andre Williams) décoche de sa Gibson vintage des riffs rockabilly enrobés d’une reverb et d’une fuzz sales à souhait. Spencer, plus sexy qu’Elvis, plus mystérieux que Lux Interior, prend sa voix de crooner pour prononcer des déclarations d’amour ou bien des insanités, avec une classe et un humour inégalables.

Heavy Trash pourrait être un simple groupe revival (comme l’époque sait si bien en faire) : certes excellent mais anecdotique. Or ils incarnent quasiment à eux seuls (avec Powersolo, the Sadies, the Legendary Shack Shakers, Tiger Man) le « now sound of rock-a-billy ». S’ils adorent Chuck Berry, Johnny Cash, Gene Vincent, le King, le blues, la country, le label Sun, les costards bien taillés, la gomina et les amplis Vox, ils ne versent pas dans le cliché. Paradoxalement, leur érudition leur permet de transcender les codes du genre. Ces deux « misters Know It All » se réapproprient ainsi le rockabilly avec spontanéité, humour et surtout subtilité. À propos des textes, on pourrait dire qu’il s’agit de finesse graveleuse très inspirée.

Sur « the Loveless » Spencer s’en prend à ses détracteurs et à lui même, avec des rimes aussi drôles que grossières: «they call me the loveless, well I’m a mean son of a bitch/ They call me the heartless, I don’t really give a shit». Sur Gatorade, avec une voix hoquetée, il aborde le thème du cunilingus: « don’t you use that thing to pee/ she said why don’t you suck it and see/ my baby’s gatorade is sweet wet ». Sur Under the Waves, il se montre effrayant et poétique “I’ve never meant to do her harm, but I caught her in another guy’s arms”. Si le rock n roll avait dès son origine choqué l’Amérique puritaine, puis perdu de sa subversivité, soyez-sûrs qu’Heavy Trash est là pour reprendre le flambeau. Chez eux, tout est chaud et sale, du nom au son, en passant par les paroles et les prestations live. Mais ne vous méprenez pas, leur attitude est une savante alchimie entre respect, classe et humour.

Soutenus sur scène par un backing band de luxe variant selon les dates, ils défendent à merveille leur album éponyme sorti cette année sur Yep records. Préparez-vous à noyer dans l’alcool vos histoires de cœurs brisés, à vous déhancher frénétiquement sur des rythmes endiablés ou encore à chanter des couplets aux rimes entêtantes comme sur le single Justine Alright (« I’ve never been fixed since I got broken/ down to New Jersey, talk about Hoboken »).

Jon Spencer est de retour en très grande forme et Heavy Trash est l’occasion de (re)découvrir Matt Verta-Ray.

OLIVIER RIGOUT

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