Heavy Trash – Rock ‘n’ Roll Times: Interview (PRESS, FRANCE)

4 April 2010 Rock Times
Heavy Trash - Rock ‘n’ Roll Times: Interview (PRESS, FRANCE)
NOTES:
Interview with Heavy Trash from French language website Rock Times.
ARTICLE:
Gros minets gominés

Cinq ans déjà que les forbans new yorkais Jon Spencer et Matt Verta-Ray fourbissent avec Heavy Trash le rockabilly des 50’s. En interview à la Maroquinerie le 20 mars dernier, c’est Matt – complété après coup par Jon – qui s’est chargé de démonter les rouages de leur association de malfaiteurs.

Comment le chanteur du Blues Explosion et le guitariste de Speedball Baby se sont-ils retrouvés dans un projet commun ?
Matt Verta-Ray : New York est une grande ville mais la scène musicale est relativement petite. Speedball Baby tournait avec Blues Explosion ; un jour que nous étions en coulisses, je jouais de la guitare et Jon s’est mis à m’accompagner. C’est étonnant parce que c’est quelqu’un de plutôt timide et réservé, ce qui fait une étrange combinaison avec son incroyable personnage de scène. Nous avons continué de jouer ensemble comme ça et nous sommes rendu compte que nous avions tous les deux la même approche de déstructuration ironique du rockabilly et que nous étions en même temps tous les deux sérieusement amoureux de cette musique, comme du blues et de la musique traditionnelle américaine. Avec Speedball Baby, nous abordions ce côté déstructuration et déglingue, mais pas à ce point.

Du « rockabilly déstructuré » ?
Matt : Nous n’essayons pas d’aller à l’encontre de règles, nous faisons ce qui nous vient naturellement. Nous les connaissons ces règles mais nous ne pensons pas qu’elles s’appliquent à nous ou qu’elles soient cohérentes avec notre vision de la musique, ni qu’elles la servent.

Comment vos sessions ont-elles fini par donner Heavy Trash ?
Matt : Au départ, nous jouions quelques morceaux pour nous amuser, en buvant des coups, puis nous nous sommes mis à composer nos propres chansons, ce qui par chance s’est révélé très facile à faire tous les deux. Il n’y a rien que nous n’ayons créé ensemble. Nous sommes très productifs : nous ne nous retrouvons jamais officiellement pour composer, personne ne prononce le mot en « w », « writing ». Je me mets à la batterie, à la basse, ou à la guitare, puis nous échangeons, ou Jon se met au piano. Nous passons des heures dans mon studio et tout ce qui nous passe par la tête est enregistré. Et peut-être qu’une chanson sur six est super donc nous avons très vite assez de morceaux pour faire un album.

Le rockabilly, c’est la base de votre son…
Matt : C’est la musique qui me plaisait quand j’étais jeune et que j’essayais de jouer. Maintenant, ça remonte un peu à la surface, ça se sent dans ma manière de jouer mais je ne cherche pas non plus à imiter les guitaristes rockabilly comme James Burton [le guitariste d’Elvis Presley, ndr], je joue à ma manière.

C’est vrai que Heavy Trash sonne très rockabilly à cause des rythmes, de la musique que nous aimons et de ce que Jon apporte au groupe, sa manière d’être. Il peut faire penser à Elvis comme à Iggy Pop, Alan Vega. Jon est comme une éponge dans le sens où il absorbe et digère toutes sortes d’influences. C’est génial ce qu’il fait du rockabilly.

Justement, comment faites-vous pour rendre ce style musical moderne ?
Matt : Nous n’essayons pas de moderniser le rockabilly. Nous voulons simplement que notre musique soit aussi pertinente qu’une autre musique actuelle. Nous ne nous fixons pas de règles, nous ne nous arrêtons pas à des remarques du genre : « Gene Vincent n’aurait jamais utilisé un piano Rhodes, ou Eddie Cochrane ce synthétiseur ! ». Tout ce qu’on se dit c’est « Et si on ne faisait qu’un seul accord sur tout le morceau ? Est-ce que ça ne serait pas mieux ? ». Nous essayons tout un tas de choses.
Jon : J’essaie de garder mon esprit ouvert. Nous ne sommes pas des esclaves du passé. Nous essayons d’être en accord avec nous-mêmes et puis nous vivons en 2010 !

Quelles autres influences intégrez-vous dans Heavy Trash ?
Matt : Toutes les musiques que nous entendons, ce que nous avons dans nos collections de vinyles. J’ai été très influencé par les vinyles de mes parents. Quand j’étais petit, le tourne-disque était à fond tout le temps. Ma mère avait une guitare mais elle n’a jamais fait plus qu’en tirer quelques accords. Tandis que moi, je m’y suis vraiment mis. J’essayais de jouer comme les musiciens du Kingstone Trio ou Lead Belly.

Dans « Midnight Soul Serenade », votre troisième album, Bumble Bee est une reprise…
Matt : Oui, nous avons voulu faire l’essai. Jon est arrivé un jour avec cette super chanson de LaVerne Baker. Nous l’avons simplement écoutée et enregistrée le même jour et nous avons aimé le résultat. Cette chanson est un peu désuète et misogyne d’une certaine manière mais drôle aussi parce qu’il y est question d’une vilaine abeille. On pourrait prendre la chanson au sérieux et y voir de l’anti-féminisme. Mais l’abeille peut aussi bien être une femme fatale !

Matt, tu chantes sur Good Man dans ce nouvel album, ce n’est pas courant de t’entendre en lead vocal…
Matt : Jon est un très bon chanteur ! Ca m’a plu, mais c’est bien d’être un peu tactique sur la manière dont on use de ses talents. Si on est dans un groupe avec Jon, on ne veut surtout pas d’autre chanteur car il est le meilleur. Mais sur ce titre en particulier, ça nous a paru évident que je devais chanter car j’avais écrit le texte et c’est un thème que j’aime beaucoup. Cette chanson est un avertissement à l’usage d’une jolie fille qui arrive en ville, qui est un peu naïve et qui se retrouve à sortir avec plusieurs connards. Le type qui chante dans la chanson est censé être un mec bien mais en fait, ce n’est pas vrai non plus car tous les mecs sont des connards !

Il y a un thème commun à toutes les chansons de cet album, comment le définirais-tu ?
Matt : Pour cet album, nous avons écrit plus d’une vingtaine de chansons et avons fini par nous dire qu’il était temps de les sélectionner. C’est là que nous nous sommes rendu compte que nous étions en train de constituer un album « romantique », plus cohérent et sincère que les précédents. « Romantique », vraiment ?
Matt : Bonne question. Je ne suis pas sûr de connaître la réponse. Mais personne ne voudrait d’un repas que de desserts. Je crois que la passion, l’amour vont de paire avec l’anxiété et le sentiment d’insécurité, la jalousie, la colère, la violence parfois ! C’est pour ça que nous avons beaucoup aimé les illustrations de Jean-Luc Navette pour la pochette.
Jon : Navette est français : bien sûr que c’est romantique ! (rires) Enfin pas dans le sens « You’re my darling, I love you ». Nous parlons d’obsession, de dévouement : il y a plein de facettes dans l’amour. Nous avons voulu laisser à l’artiste la liberté d’interpréter nos paroles dans ses illustrations. Honnêtement, les dessins étaient vraiment très sombres et nous avons eu plusieurs discussions avec lui à ce sujet. J’aime ce qui est sombre, c’est vrai, mais parfois on s’éloignait vraiment trop des textes. Nous avons fini par nous mettre d’accord puisque nous avons sorti l’album !

Quelle a été l’évolution de Heavy Trash depuis votre premier album ?
Jon : Le premier album était une espèce de projet de studio, une expérience. Le deuxième album est le reflet des chansons que nous avons essayées en live, en tournée, en tant que véritable groupe, avec la contribution de beaucoup d’autres musiciens comme The Sadies. « Midnight Soul Serenade » est plus abouti, c’est peut-être l’album de la maturité. A part la musique, y a-t-il d’autres aspects du passé qui t’intéressent ?
Matt : C’est dur de ne pas être nostalgique à propos de choses qui se sont passées avant. Je me souviens d’une discussion avec ma mère où nous parlions des années 50 et je regrettais les voitures de l’époque, la musique, les photos, le design… Et elle m’a répondu qu’elle avait vécu ces années et que ce n’était pas si génial que ça à cause de la chasse aux sorcières, du racisme, de la guerre de Corée… Et puis dans les années 50, il y avait aussi énormément de mauvaise musique !

Et la musique actuelle, vous y êtes sensibles ?
Matt : Je n’écoute pas beaucoup la radio, mais j’ai un studio d’enregistrement. Je suis producteur donc je rencontre énormément de jeunes groupes. Ils ne sont pas tous bons, mais il m’arrive d’être très impressionné. Récemment, j’ai travaillé avec une chanteuse, Gemma Ray. Nous nous sommes rencontrés car Heavy Trash et son groupe sont sur le label anglais Bronzerat. Elle était là pour enregistrer des reprises, nous n’avions que quatre jours. C’est une excellent chanteuse et j’ai été frappé par son talent : elle ne fait rien de révolutionnaire, mais elle le fait vraiment bien. Jon : J’aime beaucoup Bloodshot Bill, qui joue avec nous ce soir, les Fiery Furnaces de Brooklyn…

Propos recueillis par Céline M.

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