The Experimental Tropic Blues Band – Les New York Stories du Tropic Blues Band (PRESS, BELGIUM)

12 March 2011 Lesoir.be
The Experimental Tropic Blues Band - Les New York Stories du Tropic Blues Band (PRESS, BELGIUM)
NOTES:
A French-language story about The Experimental Tropic Blues Band‘s trip to New York to record their album Liquid Love with Jon Spencer at NY Hed published by Lesoir.be.

TEXT:
MANCHE, PHILIPPE

Samedi 12 mars 2011

Les fougueux Liégeois de l’Experimental Tropic Blues Band rentrent de New York après avoir enregistré un album sous la houlette de Jon Spencer. Sacrée aventure !

Vendredi 4 mars, métro Washington Square, 23 h 30. Le personnel de la MTA, l’équivalent de la Stib locale, profite de ce début de week-end pour entretenir les voies. Et plonger l’ensemble du réseau dans un semi-chaos. En plein cœur du Village, cette station est à l’image du quartier où les Allen Ginsberg et Bob Dylan s’installèrent au début des années soixante : bigarrée. Avec David (Devil D’Inferno, le batteur d’Experimental Tropic Blues Band), on poireaute gentiment entre couples en goguette, touristes exaltés, poivrots ou jeunes blacks qu’on jurerait échappés d’un clip de hip-hop. On se remet du concert de Naomi Shelton, la Gospel Queen de chez Daptone et la marraine spirituelle du séjour des Tropic à New York, en papotant de tout et de rien. 0n attend ce foutu métro qui ne viendra jamais et qui nous vaudra un trajet épique en taxi pour nous ramener à Brooklyn. C’est à une dizaine de blocs de Prospect Park, l’un des plus grands parcs de la ville de New York, que les Liégeois séjournent depuis leur arrivée par le vol 171 d’American Airlines le 25 février dernier.

Le chauffeur de taxi a la tronche d’un 50 Cent défoncé au crack. En dix minutes, montre en main, le loustic traverse Manhattan d’Ouest en Est. Le pied sur l’accélérateur. Le poing sur le klaxon. Sur le pont de Brooklyn, on a juste le temps de se retourner et rester bouche bée par cette vue unique et inouïe sur ces buildings illuminés et découpés dans le ciel avant d’être écrasés sur le siège arrière suite à un nouveau coup d’accélérateur de notre « bro », le cab driver.

Une bonne demi-heure plus tôt, sur le quai de la ligne C, celle où les rats jouent à la marelle, David résumait son état d’esprit ainsi que celui de ses deux camarades à l’issue de sa première semaine new-yorkaise. « Quand je pense qu’à 18 ans, je passais chez Jérémy (Dirty Wolf, l’un des deux chanteurs guitaristes du groupe) après l’école et on fumait des cigares en écoutant Jon Spencer, se souvient l’affable batteur. Et aujourd’hui, nous sommes à New York et il produit notre disque. On vient de passer toute la semaine avec lui, on mange ensemble tous les midis, c’est cool ».

Avec deux albums à leur actif – Hellelujah (2007) et Captain Boogie ! (2009), les poulains de JauneOrange passent à la vitesse supérieure et épousent un rêve caressé depuis plusieurs mois. Demander à Jon Spencer de produire la troisième galette du groupe. Après une première approche aux Ardentes où Jon Spencer se produisait avec Heavy Trash, des échanges de mails et une nouvelle rencontre à Louvain, en décembre 2010, cette fois, où les Tropic ouvrent pour le Blues Explosion, l’affaire se concrétise. Ce sera au Hed Studio, propriété du guitariste de Heavy Trash, Matt Verta-Ray, en plein cœur du Lower East Side, que les Tropic graveront le successeur de Captain Boogie !

La filiation entre le Jon Spencer Blues Explosion et Experimental Tropic Blues Band est évidente. Deux trios, pas de basse et un amour immodéré pour le blues hanté et épileptique. Reste que si les deux formations font partie de la même famille, les Tropic sont loin d’être une pâle copie du Blues Explosion. Les Liégeois possèdent leur propre identité. Une identité forte qui irradie les planches où le groupe prend littéralement feu en concert.

« On ne peut plus écouter nos deux premiers albums, avouera Jean-Jacques (Boogie Snake, autre chanteur et guitariste). C’est difficile à expliquer pourquoi mais nous avons eu un vrai déclic à South By South West à Austin. D’ailleurs, le premier morceau écrit à notre retour, “The best burger in town”, y fait allusion. Ce séjour nous a décomplexés. On attend la même chose avec Jon Spencer ».

Dans l’appartement de Bergen Street, le réveil sonne habituellement à 6 h 30, ce jeudi 3 mars comme les autres jours. C’est dans ce quartier populaire historiquement black que séjourne la petite troupe. Outre les trois musiciens et leur manager et pilier de JauneOrange, Jean-François « JF » Jaspers, Julien Henry est également de la partie. Ce fringant trentenaire est l’auteur des deux clips des Tropic et des petites capsules vidéos déjantées visibles sur la page Facebook du groupe. Julien a accumulé des tonnes d’images en vue d’un making of ou du docu. Olivier Donnet, photographe et auteur de la série One Minute After – il shoote un groupe une minute après sa sortie de scène – séjourne également à Bergen Street. Ainsi que l’auteur de ces lignes.

Le coin est finalement assez tranquille à l’exception du week-end où le coin de rue en face du Liquor Store, une fois avalé par l’obscurité, ressemble parfois à un épisode de The Wire avec ces camionnettes à vitres teintées garées en double file d’où s’échappe une fumée épaisse et âcre de marijuana.

Une fois le déjeuner avalé, Jean-Jacques, Jérémy et David en ont pour une dizaine de minutes jusqu’aux deux volées d’escalier de la station de métro de la 7e avenue. Une demi-heure plus tard, c’est à chaque fois le même choc à la sortie Grand Street : le trio slalome entre les gens dans cette fourmilière géante qu’est Chinatown. Cinq à six blocs plus tard, à gauche et un peu plus haut sur la droite, l’antre d’Experimental Tropic Blues Band pendant dix jours. On distingue au coin de la rue l’enseigne de la célèbre Delicatessen Katz’s, popularisée par Meg Ryan et son orgasme simulé dans Quand Harry rencontre Sally.

Pour s’engouffrer dans le Hed Studio – le terme n’est pas galvaudé –, il faut descendre des escaliers assez raides à même le trottoir. Traverser ensuite un atelier de menuiserie pour se retrouver dans un mini-coin cuisine où un poster de Martin Luther King habille un mur. Un minuscule couloir plus loin : le studio. Minuscule aussi. Une vieille Telecaster est pendue au mur et une Gibson 1954 – « La même qu’utilisait Scotty Moore, le guitariste d’Elvis », précise Matt – pique un roupillon sur le canapé. Quelques cd’s dont un Melvin Davis, l’ambassadeur de la soul de Detroit, sont posés sur un orgue Hammond fatigué et sur la petite table en coin, on feuillette Thelonius Monk, The life and times of an american original, la bible Monkienne de Robin D.G. Kelly. Ce studio à l’ancienne où Ronnie Spector est venu enregistrer « It’s gonna work out fine », son duo avec Andre Williams, a des allures de cabine de sous-marin avec ces tuyauteries balèzes et sinueuses au plafond.

De retour d’un Mexicain voisin, le Blues Explosion en chef propose de réécouter l’une des trois prises de « P’tit rock », l’un des douze morceaux de Fantasy world, titre provisoire. Ce qu’on peut vous dire à l’écoute des morceaux entendus, c’est que jamais le groupe n’aura aussi bien porté son nom que sur ce troisième album. « P’tit rock » sonne comme une rencontre improbable entre Suicide et Bo Diddley. Quant à « Worm wolf », deuxième choc, c’est Captain Beefhaert période Safe as milk qui flirte avec Shellac de Steve Albini. The blues meets the noise, en somme.

« Worm wolf est inspiré par un mec qui devient pénible une fois bourré, explique Jérémy, auteur du texte. Les paroles sont très basiques mais j’aime bien en expliquer le contenu à Jon ».

Un Jon Spencer attentionné avec les Tropic. Au point de prêter quelques dvd’s personnels (du Rock’n’roll High School de Roger Corman au Videodromme de Cronenberg) ou nous brancher sur des soirées comme cette Soul Party d’enfer, samedi dernier au Glassland, un hangar presqu’en dessous du pont de Williamsburg où nous sommes ressortis un peu sur notre tête. L’homme a du goût, c’est clair.

En studio, Jon suggère mais n’impose pas. Tire le groupe vers le haut. Qui du coup, rentre au pays avec un capital confiance du feu de Dieu. Et un Fantasy World, « très sexuel », promet Jean-Jacques, attendu cet automne 2011.

Il y a quelque chose de touchant à regarder ces trois musiciens travailler ensemble et donner vie à ce nouveau bébé. Alors que sur scène David, Jean-Jacques et Jérémy ne tiennent pas en place – c’est le carrosse qui se transforme en citrouille au quotidien, les Tropic sont des gens calmes, attachants et drôles aussi. Parce qu’on a beaucoup ri à Bergen Street.

Les jeunes gens ont pris leur travail au sérieux. Après un premier week-end de prise de contact avec New York dont un dimanche génial à Coney Island, la semaine, les garçons étaient au taquet. Et le soir, Jéméry et Jean-Jacques peaufinaient leurs textes pendant qu’on chipotait sur nos ordinateurs en écoutant de la musique ou en racontant deux ou trois sottises autour d’une bouteille de vin. À minuit au plus tard, on n’entendait plus une mouche voler. Au pire, le bruit d’une sirène perdue dans le lointain, comme égarée dans la nuit noire.
ARTICLE (ENGLISH TRANSLATION) :
The New York Stories of Tropic Blues Band

MANCHE, PHILIPPE

Saturday, March 12, 2011

The fiery Liegeois of the Experimental Tropic Blues Band return to New York after having recorded an album under the guidance of Jon Spencer. Adventure!

Friday, March 4, Metro Washington Square, 23 h 30. The staff of the MTA, the equivalent of Stib local benefits from the beginning of the weekend to maintain the tracks. And plunge the entire network in a semi-chaos. In the heart of the Village, this resort is the image of the neighborhood where Allen Ginsberg and Bob Dylan settled in the early sixties: motley. With David (Devil In Inferno, the drummer of Experimental Tropic Blues Band) is hanging around nicely between couples on a spree, exalted tourists, drunks and young blacks would swear that escaped from a music video hip-hop. It is recovering from Naomi Shelton concert, the Queen of Gospel at Daptone and spiritual godmother of Tropic of stay in New York, while chatting about everything and nothing. 0n looks that damn subway that will never come to us and worth a trip epic taxi to take us back to Brooklyn. It is about ten blocks from Prospect Park, one of the largest parks in the city of New York that the Liegeois staying since their arrival in the American Airlines flight 171 on February 25.

The taxi driver has the face of a 50 Cent stoned on crack. In ten minutes, watch in hand, the wag crossing Manhattan from West to East. Foot on the accelerator. Fist on the horn. On the Brooklyn Bridge, it was just time to turn around and gawk through this unique and unprecedented view on the illuminated buildings and cut into the sky before it crashed into the back seat after a new boost our “bro,” the cab driver.

A good half-hour earlier, on the platform of the C line, where the rats play hopscotch, David summed up his mood and that of his two comrades after his first week in New York . “When I think in 18 years I spent with Jeremy (Dirty Wolf, one of two singers, guitarists of the group) after school and we smoked cigars while listening to Jon Spencer, recalls the affable drummer. And today we’re in New York and produced our record. We just spent the whole week with him, we eat together for lunch, it’s cool. ”

With two albums to their credit – Hellelujah (2007) and Captain Boogie! (2009), foals JauneOrange move up a gear and embrace a dream cherished for several months. Ask Jon Spencer to produce the third slab of the group. After an initial approach Ardentes where Jon Spencer produced with Heavy Trash, e-mail exchanges and a new meeting in Leuven in December 2010, this time, when Tropic open for the Blues Explosion, the case becomes a reality. This will be the Hed Studio, owned by Heavy Trash guitarist Matt Verta-Ray in the heart of the Lower East Side, as the successor to engrave Tropic Captain Boogie!

The connection between the Jon Spencer Blues Explosion and Experimental Tropic Blues Band is obvious. Two trios, no bass and an inordinate love for blues and haunted epileptic. Yet if the two teams are part of the family, the Tropic are far from being a pale copy of the Blues Explosion. The Liege have their own identity. A strong identity that irradiates the stage where the band literally takes fire in concert.

“We can no longer listen to our first two albums, confessed Jean-Jacques (Snake Boogie, another singer and guitarist). It’s hard to explain why but we had a real snap at South By South West in Austin. Moreover, the first song written on our return, “The best burger in town,” alludes. This trip we were unabashed. We expect the same with Jon Spencer.

In the apartment of Bergen Street, the alarm rings at 6 am normally 30, this Thursday, March 3 as the other days. It is in this historically black neighborhood that stays the little band. Besides the three musicians and their manager and pillar JauneOrange, Jean-François “JF” Jaspers, Julian Henry is also present. This dashing thirty is the author of two clips of Tropic and small caps crazy videos seen on the Facebook group page. Julien has accumulated tons of images for a making of documentary or. Olivier Donnet, photographer and author of One Minute After the series – he shoots a group one minute after leaving the scene – also resides in Bergen Street. As the author of these lines.

The area is actually quite quiet with the exception of weekends when the street corner opposite the Liquor Store, once swallowed by darkness, sometimes resembles an episode of The Wire with these vans tinted windows parked in double queue which was filled with thick, acrid smoke marijuana.

Once eaten lunch, Jean-Jacques, Jeremy and David are about ten minutes up to two flights of stairs to the subway station on 7th Avenue. Half an hour later, each time the same shock at the Grand Street exit: the trio slalom between the people in this giant anthill that is Chinatown. Five or six blocks later, the left and slightly higher on the right, antrum of Experimental Tropic Blues Band for ten days. There are at the corner of the sign from the famous Katz’s Delicatessen, Meg Ryan and popularized by his simulated orgasm in When Harry Met Sally.

To step into the Hed Studio – the term is not overused – it must descend the steep stairs to the sidewalk. Crosses a carpentry workshop to find yourself in a mini-kitchen area where a poster of Martin Luther King dresses a wall. A tiny corridor further: the studio. Tiny too. An old Telecaster is hanging on the wall and a Gibson 1954 – “The same as using Scotty Moore, guitarist of Elvis,” says Matt – bites a nap on the couch. Some CD’s including a Melvin Davis, Ambassador of Soul of Detroit, are placed on a Hammond organ and tired on the small corner table, leafing Thelonius Monk, The Life and Times of an American original, the bible Monkish Robin DG Kelly. The studio where the old Ronnie Spector came recording “It’s gonna work out fine,” her duet with Andre Williams looks like a submarine cabin with these hefty, winding pipes on the ceiling.

Returning from a Mexican neighbor, the Blues Explosion chief offers to replay one of three taken from “Little Rock”, one of the twelve pieces of Fantasy World, provisionally. What we can tell you listen to music heard is that the group has never carried his name as well as on this third album. “Little Rock” sound like an unlikely meeting between Bo Diddley and Suicide. As for “Worm wolf”, the second shock is Captain Beefhaert period Safe as milk that flirts with Shellac Steve Albini. The Blues Meets the noise, really.

“Worm wolf is inspired by a guy who becomes painful when drunk, says Jeremy, author of the text. The lyrics are very basic but I like to explain the contents to Jon. ”

An attentive with Jon Spencer Tropic. At some point lend personal dvd’s (from Rock’n’Roll High School at Roger Corman Videodromme Cronenberg) or we tap into this evening as hell Soul Party, last Saturday Glassland, almost in a hangar below the Williamsburg Bridge where we came out a little over our heads. The man has taste, obviously.

In the studio, Jon suggests but does not. Takes the group up. That the coup, returned home with a capital trust the fire of God. And a Fantasy World, “very sexual”, promises Jean-Jacques, expected this autumn 2011.

There is something touching about watching these three musicians work together and give life to this new baby. While on stage David, Jean-Jacques and Jeremy does not take up – it’s the coach that turns into a pumpkin on a daily basis, the Tropic are people quiet, endearing and funny too. Because we laughed a lot at Bergen Street.

The young men took their work seriously. After a first weekend of making contact with New York with great Sunday at Coney Island, the week the boys were the cleat. And evening, and Jean-Jacques Jéméry perfecting their texts while they quibble over our computers listening to music or telling a couple of nonsense over a bottle of wine. At midnight at the latest, we could hear a pin drop. At worst, the sound of a siren in the distance lost, as lost in the dark.

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